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Conférence : Les relations franco-américaines

Conférence : Les relations franco-américaines

Soulignant que la crise que venaient de traverser la France et les Etats-Unis était la plus grave entre les deux pays depuis 1966, M. Jean-David Levitte a estimé le moment favorable à un point sur les relations franco-américaines, alors que la crise s’estompait.

Il a rappelé que, malgré la crise, la coopération entre les deux pays dans la lutte contre le terrorisme n’avait jamais fléchi, les Français restant considérés comme les meilleurs alliés des Etats-Unis dans ce domaine. Ainsi, le Président Jacques Chirac avait été le premier chef d’Etat étranger à se rendre aux Etats-Unis après les attentats du 11 septembre 2001 ; de même, le juge Jean-Louis Bruguière se rendait très régulièrement aux Etats-Unis dans le cadre de cette coopération.  Le même constat positif peut être fait s’agissant de la coopération entre les deux pays en Afghanistan : jusqu’au 13 février dernier, la force multinationale (FIAS) y était commandée par un général français, le général Jean-Louis Py ; en outre, la France est, au côté des Etats-Unis, le seul pays à participer à la formation de l’armée afghane et à consacrer des forces spéciales à la capture des responsables des attentats du 11 septembre 2001 à la frontière afghano-pakistanaise. Enfin, dans les Balkans en Haïti ou en Afrique, Français et Américains ont également mis en œuvre une coopération de très bonne qualité.

Constatant l’éclaircie que connaissaient les relations franco-américaines depuis la réélection du Président George W. Bush, M. Jean-David Levitte a estimé que ce changement ne résultait nullement d’une évolution de la politique étrangère américaine, le Président Bush, confirmé par les résultats de l’élection de novembre, appliquant tout au contraire sa politique étrangère avec une énergie renouvelée. Il a donc attribué l’amélioration des relations transatlantiques au changement de style à Washington, qui s’était traduit par une main tendue aux Européens. Il a ajouté que les circonstances avaient, elles aussi, favorisé le renouveau de la relation transatlantique :

– les élections en Irak se sont déroulées dans des conditions meilleures que ne l’espéraient même les plus optimistes aux Etats-Unis, ce qui a éteint la querelle franco-américaine sur les torts et les responsabilités dans la crise irakienne au profit d’un débat tourné vers l’avenir sur la meilleure manière d’aider l’Irak en vue d’éviter le chaos dans ce pays ;

– la mort de Yasser Arafat et l’élection d’Abou Mazen ont permis aux Européens et aux Américains de se retrouver pour appuyer la mise en œuvre de la feuille de route, après quatre années durant lesquelles les Européens ont fait reproche aux Etats-Unis de se désengager du conflit du Proche-Orient ;

– la réélection du Président Emile Lahoud en violation de la Constitution libanaise a conduit la France et les Etats-Unis à promouvoir et faire voter la résolution 1559 au Conseil de sécurité, l’assassinat de Rafic Hariri ayant conforté et démultiplié les efforts de nos deux pays en faveur de la tenue d’élections libres et sans pression extérieure au Liban.

M. Jean-David Levitte a estimé cependant que l’embellie transatlantique était fragile : l’équipe en place à Washington, confirmée par les élections de novembre 2004, restait très idéologique. A cet égard, la nomination de M. John Bolton comme ambassadeur des Etats-Unis aux Nations unies et la proposition américaine de placer M. Paul Wolfowitz à la tête de la Banque mondiale sont emblématiques de la volonté des Etats-Unis de placer deux néo-conservateurs en croisade contre le système multilatéral au sein même de ce système. Face à cette équipe, la France est seul pays qui ose, aujourd’hui, s’exprimer lorsqu’il est en désaccord avec les Etats-Unis. Ainsi en va-t-il sur le Darfour et la Cour pénale internationale. Le projet français de levée de l’embargo sur les ventes d’armes à la Chine, partagé par quelques-uns de ses partenaires – initialement soutenu par tous – s’inscrit dans cette même démarche.

L’ambassadeur de France à Washington a néanmoins considéré que l’optimisme devait prévaloir, notamment parce qu’en tout état de cause subsistaient toujours trois puissants facteurs de stabilisation de la relation franco-américaine, à commencer par le facteur culturel. Ainsi, la France est, aux Etats-Unis, la superpuissance culturelle. Au-delà des cinquante expositions qui se tiennent actuellement aux Etats-Unis, ce sont plus de cinq cents événements culturels qui sont organisés chaque année par des Français outre-atlantique, dans le cadre d’un dialogue dont l’intensité n’a jamais faibli. Le deuxième facteur de stabilisation réside dans l’importance des investissements directs des entreprises françaises aux Etats-Unis, qui se situent au troisième ou quatrième rang en stock et parfois même au premier rang en flux : ce sont ainsi 650 000 emplois américains qui en dépendent. Il faut savoir, par exemple, que chaque Airbus est, pour moitié, construit sur le sol américain. Enfin, si Français et Américains finissent toujours par se retrouver, c’est en raison des valeurs qu’ils partagent. Les attentats du 11 septembre 2001 ont pu conduire les Etats-Unis à se tourner vers la Chine ou vers la Russie, mais c’est in fine toujours vers la « vieille Europe » qu’ils reviennent.

M. Guy Tessier, Président de la commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale, a souhaité savoir comment les dossiers chinois et iranien pourraient, dans les mois à avenir, affecter la relation transatlantique.

S’agissant tout d’abord de l’Iran, M. Jean-David Levitte a estimé que l’évolution de la position américaine sur ce dossier montrait comment le style pouvait influencer le fond. C’est après avoir écouté le Président de la République que le Président Bush a infléchi sa position, acceptant d’aider les Européens. Concernant la question de la levée de l’embargo sur les ventes d’armes à la Chine, il faut y voir moins un vrai sujet de préoccupation qu’un malentendu volontaire : l’Australie a levé son embargo dès 1992, 94 % des ventes d’armes vers la Chine viennent de Russie sans que le Congrès n’y trouve rien à redire. A l’évidence, c’est l’émergence de l’Europe comme acteur de rang mondial qui explique le procès d’intention mené à son égard par le Congrès américain.

Diverses questions ont ensuite été posées à M. Jean-David Levitte :

– où en est la coopération nucléaire entre la France et les Etats-Unis et quid d’une coopération active sur la défense antimissile ?

– quelles raisons expliquent le soutien américain au Japon sur Iter ?

– que faut-il penser de la nomination de M. Paul Wolfowitz à la tête de la Banque mondiale ?

– comment les milieux d’affaires américains jugent-ils l’évolution du dollar ?

L’ambassadeur de France aux Etats-Unis a apporté les éléments de réponse suivants :

– la coopération franco-américaine est excellente dans le domaine du nucléaire militaire ; les Etats-Unis souhaitent également relancer leur programme nucléaire civil ; un accord vient d’ailleurs d’être signé en vue de la construction d’une centrale de quatrième génération entre les Etats-Unis, la France, l’Allemagne, le Japon et le Canada ;

– en matière de défense antimissile, les Etats-Unis ne maîtrisent pas la technologie ; ce projet est, à nos yeux, déstabilisant ;

– la décision de soutenir le Japon dans le projet Iter a été prise juste après la guerre d’Irak ; au-delà de ce jeu de punition-récompense, cette décision s’inscrit dans la volonté de ne pas donner à l’Europe la maîtrise d’une technologie d’avenir décisive ;

– les Européens ont eu raison de ne pas s’opposer à la nomination de M. Paul Wolfowitz à la tête de la Banque mondiale : c’est une personnalité de stature internationale, qui s’est toujours intéressée à la question du développement ;

– l’évolution du dollar est considérée de manière ambivalente aux Etats-Unis, à la fois comme une bonne chose, en raison de l’effet prix à l’export, et comme un sujet de préoccupation, notamment pour les gestionnaires de fonds de pension ;

D’autres questions ont été posées concernant :

– les perspectives de la présence militaire américaine en Irak ;

– le bilan de l’action diplomatique menée par la France aux Etats-Unis en vue de redresser son image ;

– la vision, à Washington, du débat européen.

M. Jean-David Levitte a estimé en réponse que :

– la présence américaine en Irak sera durable ;

– pour redresser l’image de la France aux Etats-Unis, l’ambassade à Washington a dû faire ce à quoi les diplomates ne sont pas formés : participer à des émissions de télévision, intervenir à la radio… C’était néanmoins la bonne démarche, les Etats-Unis respectant le droit à la parole, même si la tâche n’était pas aisée dans un contexte irrationnel ; parallèlement, un lobbyiste au Congrès a été recruté par l’ambassade – les Britanniques en ont quatre et les Taïwanais trente… Enfin, dernier point positif pour l’amélioration de l’image de la France, la création au Congrès du caucus franco-américain, le club chic !

– l’Union européenne est un non-sujet dans une Amérique qui débat sur la privatisation de son système de retraites ; il est certain cependant qu’un non français au projet de traité de Constitution serait apprécié à Washington, les Français étant considérés comme incarnant la volonté de construire une Europe mieux organisée ; reste qu’une Europe organisée est un atout pour les Etats-Unis, les Européens étant les seuls alliés des Américains. 

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