Le nom de Jefferson s'est ainsi tout de suite imposé à ceux qui ont pris l'initiative de fonder, au lendemain du 11 septembre, l'association qui souhaitait regrouper toutes les personnes qui à un moment de leurs études ou de leur carrière ont été invitées aux Etats Unis dans le cadre du programme International Visitors.
Qui était Thomas Jefferson ? La question n'est pas facile et chaque époque semble proposer une réponse sensiblement différente.
Voici d'abord quelques repères chronologiques à propos d'une existence longue et bien remplie.
Thomas Jefferson naît en Virginie, dans une famille de planteurs, le 13 Avril 1743 et a l'élégance de mourir, lui, père de la Constitution, le 4 Juillet 1826, le jour où l'Amérique se préparait à fêter le cinquantième anniversaire de la jeune république.
Entre temps, il a fait des études à l'université William and Mary de Virginie, est devenu homme de loi, a représenté son 'comté' dans l'assemblée de Virginie ce qui l'a amené à s'opposer à la couronne britannique puis à participer à ce qui sera une de ses oeuvres majeures : la rédaction de la Constitution qui conduira en 1776 à la déclaration d'indépendance.
La tourmente qui suit la révolution le voit à nouveau en Virginie et ce n'est qu'en 1779 qu'il représentera son état au Congrès.
En 1784, le Président Washington lui demande de succéder à Benjamin Franklin comme ministre plénipotentiaire à Paris ('no one can replace him, I am only his successor') où pendant 5 ans, jusqu'au lendemain de la prise de la Bastille, il essaiera de résoudre tous les problèmes diplomatiques et commerciaux qui se posent à la jeune république. Période difficile mais exaltante.
A Paris il découvre, dans le désordre, une méfiance certaine à l'égard de son pays, méfiance entretenue par la propagande britannique ; l'allumette au phosphore qui permet d'allumer une bougie sans sortir du lit' ; l'endettement, le Congrès s'imagine que ses ministres mènent une vie dispendieuse et frivole, pour s'installer à l'Hôtel du Comte de Langeac (voir plaque au 92 de l'Avenue des Champs Elysées) . Il réussit à convaincre les grandes nations européennes de reconnaître le commerce maritime américain au même titre que le commerce britannique .
Le puritain regrette le relâchement des moeurs, mais le savant admire les arts et dévore les livres. Républicain bon teint, il n'apprécie pas Versailles et préfère Paris, 'the vaunted scene of Europe', les salons de Mme d'Helvétius et polémique avec Buffon sur la taille des animaux du nouveau monde. Il choisit le sculpteur Houdon pour réaliser une statue de Washington. Il poursuit pendant quelques semaines une idylle avec Maria Cosway avant que n'arrive à Paris sa fille Polly accompagnée par la jolie et mystérieuse esclave Sally Hemings qui a depuis un demi siècle donné beaucoup de grain à moudre aux historiens de Jefferson.(Veuf depuis 1782, Jefferson ne s'est jamais remarié). Au retour d'un voyage à Heidelberg, il visite Strasbourg, la champagne et l'observation d'un paysan derrière son araire le conduira à inventer la charrue moderne au soc 'à résistance minimum'. Il sera, enfin, le témoin de toute cette période troublée de l'histoire de la France puisqu'il ne quitte Paris qu'en Septembre 1789.
A son retour, alors qu'il songe à retrouver sa Virginie, Washington le nomme secrétaire d'Etat. C'est pendant cette période qu'il s'oppose au Fédéraliste Hamilton.
Après un bref répit dans son domaine de Monticello il devient sous la mandature de John Adams de 1796 à 1800, vice -Président.
En 1800, il est élu 3ème Président des Etats Unis. Il est le premier occupant de la Maison Blanche à Washington. Il a collaboré avec l'architecte français Lenfant à l'édification de la capitale fédérale sur les terrains marécageux offerts par les Etats voisins.
Il quitte la présidence à l'issue de son second mandat. Une présidence difficile, marquée par des querelles politiques qui ont mis en danger la république, mais aussi par la brillante négociation, en 1803, qui a conduit à l'achat de la Louisiane à la France, à l'expédition de Lewis et Clarke dessinant ainsi les contours de ce qui, avant la fin du siècle, sera la première puissance mondiale. Les historiens aiment à rappeler l'image de ce Père fondateur qui salue Madison, son successeur, refuse d'emprunter son carrosse et remonte à cheval, sans escorte, Pensylvania Avenue.
1808, c'est le retour tant souhaité au pays natal, dans la demeure familiale de Monticello dont il a tracé les plans. Il va enfin pouvoir laisser son regard se poser sur la crête des 'Blue Ridge Mountains'. Pendant près de vingt ans, il sera 'le sage de Monticello', recevra les grands de ce monde, construira l'Université de Virginie, se débattra au milieu de graves difficultés financières. Il faut dire, en effet, que le grand rêve agrarien de Jefferson qui l'avait conduit à combattre Hamilton et ses alliés de Nouvelle Angleterre commençait sérieusement à s'effriter devant la montée de la nouvelle puissance industrielle et commerciale. En refusant de faire évoluer leur structure sociale les Etats du Sud ne pourraient plus longtemps résister au Nord.
Jefferson souhaitait, lorsqu'il a rédigé son épitaphe, que l'on retienne trois choses de son existence.
- La déclaration d'indépendance
- La constitution de Virginie
- La création de l'université de Virginie
Tels sont les fondements sur lesquels s'est construit le mythe Jeffersonien. Un mythe qui comme tous les mythes est ré-évalué par chaque nouvelle génération d'historiens Fondateur du parti républicain, Jefferson est entré au 20° siècle au panthéon démocrate. Son silence publique sur la question de l'esclavage ont conduit certains historiens à ré-évaluer l'héritage jeffersonien. Il n'en reste pas moins un des grands fondateurs de la république américaine.
Son héritage peut se résumer ainsi :
Sa vision du grand ouest donnera naissance à cette politique expansionniste qu'une autre génération définira comme la Destinée manifeste des Etats Unis.
Sa politique extérieure visant à affranchir les Etats Unis des 'tumultes' de l'Europe inspirera la doctrine Monroe et une forme d'isolationnisme qui fut longtemps la caractéristique de la politique américaine.
Le législateur affirmera la primauté des Etats sur le gouvernement central au nom de la liberté et de la démocratie. Une démocratie fondée sur la raison et l'éducation.
Enfin le mythe Jeffersonien repose sur une vision agrarienne de la société. La ville, l'industrie, l'argent ont corrompu l'Europe, protégeons l'Amérique de tous ces maux en développant l'agriculture sur nos immenses territoires. L'histoire n'a pas suivi Jefferson, mais le citoyen américain qui fuit les centres villes pour habiter la campagne, part en vacances dans un 'National park' et envoie ses enfants en 'summer camp' participe encore de cet idéal de pureté rurale.
Voici, pour conclure, ce portrait du jeune Jefferson qui savait calculer une éclipse, mesurer une propriété, ligaturer une artère, dessiner le plan d'un édifice, défendre une cause, dresser un cheval, danser un menuet et jouer du violon'.
A moins qu'on ne lui préfère cette phrase du Président Kennedy alors qu'il recevait les prix Nobel américains : (you are)'The most extraordinary collection of talent, of human knowledge, that has ever gathered at the White House, with the possible exception of when Thomas Jefferson dined alone.'
Jean-Claude VIGNAUD, IV 1978
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